Avec La Chine des Enfants

1 – Pourquoi êtes-vous venu à l’écriture ?

Je crois que c’est une sorte d’extension adulte de ce que je faisais quand j’étais petit, qui consistait avec mes amis à prétendre être un chevalier, un ninja ou un soldat, dans les champs et les forêts près de nos maisons. Ça devient difficile de faire ça quand on a plus de douze ans ! Lorsqu’on écrit un livre, on s’invente aussi un monde et des personnages. On peut tous les incarner, et personne ne nous dit qu’on est trop vieux pour jouer à ça.

 

2 – Aviez-vous déjà écrit ce titre lorsque vous avez publié « J’ai avalé un arc-en-ciel » ?

Non, je n’avais pas du tout prévu qu’il y aurait une suite. Ça s’est imposé à moi quand je suis parti vivre au Japon. La langue, la nourriture, le métro et le reste, j’étais toujours tellement connecté avec Puce que je voyais tout ça avec ses yeux, je n’arrêtais pas de penser à ce qu’elle écrirait. Et puis, j’imaginais que mes lecteurs n’attendraient pas de suite ou qu’ils l’imagineraient aux États-Unis. J’aimais bien l’idée de les prendre à revers 🤓

 

3 – Si vous deviez partir définitivement vivre à Tokyo, quels sont les trois choses que vous emmèneriez avec vous ?

D’abord, une dizaine de déodorants ! Ils n’en ont pas vraiment là-bas, alors il vaut mieux partir avec ses réserves. Ensuite, j’apporterais une petite puce électronique que je collerais sur ma nuque et qui me permettrait de parler et de lire couramment le japonais sans avoir à y passer des milliers d’heures d’apprentissage. (Dites pas que c’est pas possible, restons optimistes.) Et puis je prendrais des vêtements avec du tissu refroidissant à l’intérieur comme en possède Léo dans Les Chevaliers des Gringoles, parce que Tokyo est difficilement supportable 3 ou 4 mois dans l’année, c’est très lourd et très chaud, et quand on est breton c’est fort pénible !

 

4 – Capucine et Aiden, une très belle histoire d’amour dont on oublie presque qu’elle concerne deux filles. C’est pour vous Le sujet ou un hasard dans la construction de l’histoire ?

Il n’y a pas de hasard en écriture, ça s’est fait comme ça parce que c’est le chemin qui m’a semblé le plus juste pour Puce, mais ça n’a jamais été le sujet de mes livres. Que certains lecteurs décident que c’est le thème majeur alors que pour moi ça n’est pas le cas, c’est comme ça, j’ai appris à l’accepter. Je comprends que c’est un sujet encore sensible qui parle à la plupart de mes lecteurs, et je suis très heureux de savoir que beaucoup s’y sont retrouvés. Après, comme Puce, je rêve d’un monde débridé où ce serait anecdotique, où vous ne me poseriez même pas la question, où on ne ferait plus de différence entre les sexualités, où on ne chercherait pas sans cesse les cases et les étiquettes… et où certains illuminés ne croiraient pas naïvement que j’ai « oublié » le mot « bisexuelle » dans J’ai avalé un arc-en-ciel, et tâcheraient de comprendre pourquoi j’ai écrit ce roman comme ça plutôt que de m’insulter parce que Puce menace leur vision très balisée des sexualités LGBT+. Visiblement, ce monde n’est pas pour tout de suite, mais qui sait, un jour peut-être !

 

5 – Vos personnages dévorent la vie à pleine dents, au jour le jour, mais aussi avec une certaine maturité, toujours entre deux cultures, deux avions… Ne serait-ce pas un peu de votre vie aussi ?

Oui, c’est beaucoup de ma vie. J’ai pris une approche ultra-documentaire pour le premier livre, du coup j’ai dû le faire aussi sur le deuxième pour que ça ne dissonne pas, alors je me suis presque toujours basé soit sur mon expérience personnelle, soit sur ce que quelqu’un m’a raconté, pour m’assurer que ce qui se trouve dans le texte porte toujours cette couleur d’authenticité. J’ai essayé de m’en éloigner un peu parfois pour m’octroyer plus de liberté, laisser d’avantage de place à mon imagination, mais ça ne fonctionnait pas, ça faisait trop « romanesque » et ça contrastait avec le reste. Même ce que mes lecteurs ont trouvé le plus difficile à croire, en particulier ce qui arrive à Puce dans la dernière partie de J’ai égaré la lune, c’est basé sur une réalité que je connais. J’ai juste eu beaucoup de chance de travailler dans ce lycée incroyable aux États-Unis et de vivre dans une colocation super dans une grande maison au Japon, ça m’a donné deux toiles de fond très riches pour écrire de cette façon.

 

6- Avec ce roman, le lecteur peut s’immerger dans la culture nippone ; quels sont vos liens avec le Japon ?

J’ai toujours été fasciné par ce pays, tout en ayant conscience que je n’en savais pas grand-chose. Quand j’ai quitté les États-Unis, j’avais pour objectif d’aller y vivre un peu, pour mieux comprendre si cette fascination était fondée ou si j’idéalisais quelque chose. Alors je suis parti là-bas un an, et j’ai découvert un pays, et surtout Tokyo. Je m’y suis senti très bien tout de suite, c’était un vrai régal, je me suis dit que j’avais eu raison de suivre mon instinct, parce que quand on voyage, on sait qu’on ne se sent pas bien partout. Je suis tombé amoureux de la ville, de personnes et de coutumes. Cela dit, s’il y a beaucoup de choses que j’adore au Japon, il y en a aussi beaucoup qui me gênent, en particulier dans l’approche de la vie, de l’amour, du traitement de la femme, du pouvoir, du travail, de l’honnêteté… C’est ce qui fait que je ne suis pas resté y vivre.

 

7- Avez-vous eu des échanges avec vos lecteurs ? Des retours sur leurs lectures ?

Énormément. C’est un truc un peu fou pour moi. Beaucoup de lectrices m’écrivent pour me remercier, et à chaque fois j’ai l’impression que c’est le monde à l’envers, j’ai plutôt envie de les remercier elles d’avoir passé de leur temps de vie à lire mes mots. J’ai reçu des témoignages de jeunes filles qui m’ont confié avoir mieux accepté leur sexualité après avoir lu mon livre, de lecteurs qui sont devenus végétariens comme Puce, et d’autres dont la philosophie du Vivre, tout de suite de Puce les a aidés à recentrer certaines de leurs idées. Je n’aurai jamais la prétention d’écrire pour donner des leçons aux gens, mais la vie en société, c’est aussi la transmission de savoirs et de valeurs entre les générations, donc si de jeunes lecteurs peuvent éviter certains écueils que j’ai connus à leur âge en attrapant deux ou trois clés qui leur parlent dans ce que j’ai écrit, j’en suis bien content.

 

8 – Aimeriez-vous écrire encore sur le Japon ?

Je ne pense pas. Quand j’ai entrepris ce projet, je ne voulais surtout pas répéter d’autres textes sur le Japon, alors j’ai mis un an à récolter suffisamment de notes bien à moi basées sur mes propres observations et mes discussions avec des Japonais ou des expatriés de longue date. Dans J’ai égaré la lune, j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur le Japon qui intéressait Puce et qui était en lien avec le sujet de mon roman. Pour les lecteurs qui cherchent à entrer plus dans les détails sur ce pays, il y a tellement d’autres auteurs plus brillants que moi qui l’ont déjà fait avec brio, je n’aurais rien de mieux à apporter.

 

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